82 – Putting : le trou semble bien petit ? Agrandissons-le !

Que ce trou, au milieu du green est petit ! Il semble même plus petit qu’hier ! Semble est bien le mot car en fait d’un green à l’autre, d’un golf à l’autre d’un jour à l’autre, son diamètre est invariable. Mais pourrait-on le voir plus gros ?

Historiquement les premiers trous de golf un tant soit peu standardisés furent creusés en utilisant un tuyau de drainage ordinaire facile à se procurer.
En 1829 c’est au Royal Musselburg Golf Club en Écosse que fut mise au point la première carotteuse pour forer les trous sur les greens. Comme elle creusait des trous de 4,25 pouces de diamètre (108 mm), la mesure fut officialisée !

Pourtant, ce trou est toujours l’objet de controverses. Il existe même des projets visant à augmenter son diamètre. Ce qui faciliterait le jeu et aiderait à retenir les licenciés qui tous les ans fuient ce sport pour cause de non-réussite. !
Laissons ces discussions et intéressons nous au diamètre du trou sous un autre angle.

Une affaire de perception

Nous savons qu’il existe une différence entre réalité et perception. Cette différence est à la base des illusions d’optique.
En voici une dite d’Ebbinghaus qui suffit à poser le problème.

Entre les deux cercles orange, lequel a le plus grand diamètre ? Vous connaissez la réponse. En réalité les diamètres sont égaux mais les cercles qui les entourent (gros et éloignés du cercle orange à gauche, petits et près du cercle orange à droite) font percevoir celui de droite plus gros.

Jessica Witt et son affiche d’évaluation. Les cercles vont de 9 à 13 centimètres

Jessica Witt une chercheuse de l’Université Purdue (Indiana-USA) a utilisé cette illusion d’optique avec des golfeurs dans le cadre d’une étude dont les conclusions sont surprenantes.
En 2008 au début de son expérimentation elle a demandé à 46 golfeurs (hommes et femmes) qui venaient d’effectuer un parcours d’évaluer sur une affiche (voir ci-contre) quelle était la taille des trous qu’ils venaient de jouer. Surprise, ceux qui désignaient les trous de plus fort diamètre étaient ceux qui avaient réalisés le meilleur score.
Il existerait donc une relation entre la performance et la perception ? Pour s’en convaincre Witt a observé de nombreux golfeurs (Purdue a une équipe de golf fournie et compétitive). Toujours munie de son affiche elle posait la même question concernant la taille perçue des trous. Elle a constaté deux choses :
– Les golfeurs qui jugent un putt difficile perçoivent le trou plus petit que ceux qui le jugent facile.
– Les joueurs bien dans leur jeu estiment les trous plus grands que ceux qui sont dans un mauvais jour !
Elle déduisait de cette première batterie d’expériences que la performance façonnait la perception des joueurs.

Mais l’inverse était-il vrai ? La perception influence-t-elle la performance ?

Performances et perception

Jessica Witt en 2012

En 2012, Jessica Witt s’est livrée à une autre expérience. Avec 36 golfeurs des deux sexes elle a utilisé l’illusion d’Ebbinghaus. En laboratoire, sur un tapis de putting elle a placé ses sujets à 3,5 m d’un trou plus petit que la normale et leur a demandé d’effectuer plusieurs séries de dix putts. Durant l’expérience elle a projeté successivement autour du trou des grands cercles puis des petits cercles (voir l’image de l’illusion) : une série sans projection, une série avec les grands cercles, une série avec les petits cercles. Dans tous les cas les résultats ont été meilleurs avec les petits cercles, ceux qui font apparaître le trou plus grand qu’il ne l’est en réalité. La performance était améliorée de 10%. Qui ne prendrait pas une amélioration de 10% de ses performances à 3,5 mètres ?

En dernier lieu l’ensemble de ces expériences suggère qu’il existe bien une influence réciproque entre performance et perception. Mais comment faire pour qu’un joueur perçoive les trous plus grands qu’ils ne sont et améliore ses performances ?
Si vous regardez le trou, il va rester au centre de votre vision où il y a plus de récepteurs. Vous êtes donc susceptible de le voir plus clairement, ce qui nous l’espérons va vous aider à mieux putter » conseille Jessica Witt .
L’idée serait donc d’utiliser la vision ponctuelle ou foveale pour se “mettre le trou dans la tête”.
C’est en général ce qui est conseillé dans les stages de putting : fixer le trou 4 secondes au minimum en visualisant la balle en train de renter. D’expérience ce coup d’œil appuyé suffit à notre cerveau pour se régler avant de putter.

Comment voir les trous plus gros ?

Perception ou performance : qui commence ?

Bien sûr les expériences de Jessica Witt ont été discutées. Witt suggéra que perception et performance seraient liés par la confiance en soi. Mais suffit-il d’être confiant pour réussir ?
En fait la confiance peut avoir deux effets inverses : soit elle aiguise l’attention et permet de se dépasser ; soit elle entraîne une perte de concentration et fait déjouer.

Nous nous retrouvons finalement avec trois notions imbriquées : la performance, la confiance et la perception. Laquelle dirige les autres ?

Si la confiance constitue le lien entre perception et performance, elle se retrouve en position centrale. C’est donc par elle que nous devons agir.
Pouvons-nous agir sur la confiance ? Bien sûr que oui, nous disposons de tous les outils pour ça. Ce blog en a présenté de nombreux.
Retenons en quatre qui ne devraient jamais nous quitter sur le parcours :
 En toutes circonstances être bon avec soi-même ! Ne pas se dénigrer. Au golf il suffit que la balle soit jouable au coup suivant pour “rester en vie”.
“La balle est jouable” est un bon jingle à se répéter à chaque coup (quand c’est vrai bien sûr).
Quand c’est loupé se redire : “je suis bien plus que mon golf” !
« je suis moi, mes valeurs me guident et je crois en moi »

• Respecter sa routine. Une routine bien accomplie nous replace dans un cadre connu. Nous sommes chez-nous dans notre routine ! En pleine confiance !

• Éloigner le stress. Trois choses simples sont à notre portée pour écarter le stress pendant une partie : respirer correctement, s’alimenter (boire et manger), marcher en pleine conscience.

• Disposer d’une ancre de confiance posée sur un putt gagnant.

Ça suffit ! Ne nous prenons pas la tête avec trente six mille trucs dont nous n’allons pas nous souvenir au bon moment. Dans tous les cas simples, hors soucis personnels prégnants, ces actions conjuguées doivent nous aider à fortifier notre confiance en nous.

Et si la confiance est là, les trous s’agrandissent, la performance est au rendez-vous, la confiance se renforce, et les trous s’agrandissent encore…

Le cercle vertueux de la gagne est enclenché.

Et pour s’assurer en toutes circonstances une meilleure confiance en soi ne pas oublier de vivre au présent et de pratiquer le lâcher prise.