La peur de gagner dévoilée

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Pour terminer un magnifique birdie il nous reste un ridicule petit putt de quelques 50 centimètres !
C’est dans la poche ! Et bien non, la balle passe à un rien, mais à côté du trou ! C’est loupé. Notre ami qui regardait en silence conclu : « Tu as eu peur de gagner ».
Peur de gagner ? Allons bon !

Grâce aux travaux de Robert Yerkes (1876-1956) et John Dilligham Dodson (1879-1955), deux psychologues américains, la Loi de Yerkes-Dodson a mis en évidence une relation entre la performance et la motivation.

Cette loi, parfaitement empirique, énoncée vers 1906, montre que les niveaux extrêmes de motivation détériorent la performance, celle-ci étant meilleure si la motivation est modérée.

Jusqu’à récemment l’effet de la motivation sur le cerveau restait imprécis. En septembre 2022 une équipe du Département de neurosciences fondamentales de la Faculté de médecine de Genève a publié une étude dévoilant les circuits neuronaux impliqués dans ce mécanisme.

Plus précisément les chercheurs ont observé la manière dont les informations sensorielles transmises par les neurones du cortex sont modifiées par le degré de motivation et dans quelle mesure cette dernière peut avoir un effet sur la performance d’une tâche découlant d’une prise de décision.

En observant chez des souris l’activité des réseaux neuronaux responsables de la prise de décision, les chercheurs ont constaté que l’hypermotivation entraîne une forte stimulation des neurones, ce qui provoque une perte de précision dans la perception de l’information sensorielle de l’environnement.

En revanche, en état de faible motivation, la précision de l’information sensorielle est conservée mais le niveau des signaux reste trop bas pour que cette information puisse être correctement transférée vers la décision.

En d’autres termes, ces résultats révèlent que le niveau de motivation impacte la prise de décision mais aussi la perception des informations sensorielles, préalable à celle-ci. Au final la performance est dégradée.

Et surtout pour le putting !

Quand nous jouons un putt court qui semble tout fait, notre degré de motivation impacte directement la prise d’informations préalable au jeu, mais aussi la précision de notre geste.

En hyper-motivation

Pour la prise d’information il est très vraisemblable que plus nous sommes excités par la perspective d’une conclusion rapide et heureuse, moins nous passons de temps à étudier le terrain (https://www.ogolf.fr/une-routine-de-putting-dejouer-pentes/), à préparer notre coup. Ce qui limite nos chances de trouver la bonne trajectoire et de réussir.

Pour la précision du geste les choses sont un peu plus complexes dans la mesure ou la sur-motivation agit sur le stress et déclenche la production d’adrénaline (adrénaline).

Ce qui entraîne une moindre précision des gestes et une frappe sensiblement plus dynamique. Nous sommes sortis de notre tempo naturel.

N’oublions jamais que l’adrénaline est produite par un état de stress pour nous donner de la force en cas de nécessité d’affrontement et pour fuir le plus vite possible s’il le faut.

En sous-motivation

En cas de sous-motivation, la prise d’information peut être plus longue mais elle risque de devenir dilettante. Nous sommes si sûrs de réussir qu’il n’est pas nécessaire « d’en faire tout un plat ». Donc pas besoin de mobiliser toutes nos facultés d’observation.
La sous-motivation est souvent responsable d’une grosse gratte sur le green juste avant d’atteindre la balle.

Evidemment tous ces mécanismes physiologiques et psychologiques se produisent sans faire appel à notre conscient.

La routine pour la repousser

La réponse : encore et toujours la routine. Pourquoi les joueurs professionnels passeraient-ils le même temps à préparer un putt court qu’un putt de 20 mètres ?

• La routine nous fait entrer dans une mécanique immuable, ponctuée par des passages obligés.

• Si elle prévoit des coups d’essai, ils doivent être exécutés, même pour ensuite faire rouler la balle 30 cm.

• Si elle prévoit un moment de respiration pour supprimer la tension dans les bras et les épaules, ce temps de respiration doit être pris…

• Si elle prévoit de tendre le bras aval pour viser un point et matérialiser une ligne, il faut tendre le bras.

• Si elle prévoit de toucher 3 fois le green du plat du putter pour réveiller la motivation et éviter une lamentable gratte, il faut s’exécuter.

La routine reste la seule arme dont nous disposons pour tenter de reprendre la main sur l’inconscient.
Routine = rigueur = maîtrise.

Donc, au final notre routine va nous permettre de positionner notre motivation au sommet de la courbe de Yerkes-Dodson, à l’endroit où le rapport performance/motivation est optimal.

Ni trop, ni trop peu de motivation. Le golf est là aussi un sport d’équilibre.

J’ai surtout parler du putting car on se souvient plus longtemps d’un petit putt raté que d’une mise en jeu qui part direct dans les décors à raz de terre.

Mais une approche de 30 mètres qui fuit à 90 degrés dans un bunker ?
Un swing plein milieu de fairway, avec un lie de rêve, qui ne fait pas mieux que 20 mètres ?

La peur de gagner est partout. La combattre est une affaire de curseur de motivation à placer au bon endroit. Pour positionner ce curseur nous n’avons pas mieux que notre rigueur dans cette phase essentielle qu’est la préparation d’un coup de golf.