89 – Au golf, le bruit vous gêne ?
C’est normal

Golfeuses et golfeurs n’aiment pas le bruit. À l’adresse, face à la balle le moindre chant d’oiseau, la moindre voix suffisent à briser la concentration d’une routine.
D’ailleurs l’étiquette nous recommande de ne faire aucun bruit, de ne pas parler, de ne pas nous déplacer, et de ne pas stationner à un endroit gênant pour celui qui s’apprête à exécuter son swing ou à putter.

Mais d’où viennent ces sortes de phobies souvent à l’origine d’échanges peu amènes sur les tees de départ ou les greens ?

Notre cerveau veille sur nous

L’une des toutes premières fonctions de notre cerveau est de veiller à la bonne conservation de notre intégrité physique. Il nous protège du danger. Parfois d’une manière consciente, par exemple en nous retenant de sauter dans le vide pour un saut à l’élastique, le plus souvent de manière inconsciente. C’est ce mode hors conscience qui  nous intéresse lorsqu’un bruit nous dérange quand nous jouons au golf.

Il faut abandonner la vision qui a longtemps primé d’un cerveau qui serait constitué de trois cerveaux, formés successivement au cours de l’évolution, et empilés les uns sur les autres. Cette théorie dite du cerveau triunique développée dans les années 1950-1960 par le neurobiologiste américain Paul MacLean est aujourd’hui obsolète. On ne peut donc plus parler  de cerveau reptilien, de cerveau limbique et de néocortex, et d’associer à chacun des fonctions précises.

Un cerveau et des systèmes composés

Par exemple il est impropre de dire que notre cerveau reptilien, considéré dans la théorie du cerveau triunique comme le plus ancien sur l’échelle de l’évolution, serait chargé de veiller sur nous depuis la nuit des temps.
Aujourd’hui les neurosciences n’associent plus une région du cerveau à une fonction.  Il n’existe pas de centre unique des émotions, de la raison, de la motricité, de la vision ou du langage. Il existe des « systèmes composés » de plusieurs petites unités cérébrales reliées. Ces unités, qui peuvent être situées dans les deux hémisphères cérébraux à des endroits très divers, travaillent ensemble, chacune fournissant sa contribution au système.

Le circuit de la peur nous protège

Notre horreur du bruit ou de tout ce qui peut nous déranger quand nous sommes concentrés sur notre jeu de golf vient du fait que ces éléments mettent en fonctionnement l’un de ces systèmes : le circuit de la peur.
La peur est une émotion liée à la notion de danger. Nos sens déclenchent cette émotion. Elle est indispensable à notre survie.

Ll’homme dispose de bien plus de cinq sens. À notre vue, notre ouïe, notre odorat, notre goût et notre toucher il faut ajouter la thermoception ou perception des températures, la nociception qui nous fait percevoir la douleur, l’équilibroception ou sens de l’équilibre et enfin la proprioception ou perception de soi qui nous permet de localiser spontanément, sans réflexion nos membres et organes.  

Le circuit de la peur. © Pierre Massot : Mieux vivre ses émotions

Nous pouvons décrire simplement le circuit de la peur.
Au point de départ, les informations venues des sens : bruits, images, impression de chaleur… Au point d’arrivée l’expression de la peur : accélération du cœur, pâleur, fuite…
Entre les deux :
– du côté des sens le thalamus,
– du côté de l’expression de la peur l’amygdale.
Le thalamus est une structure double située dans chaque hémisphère du cerveau. Il sert de relai, entre autres aux informations sensorielles.
L’amygdale  est une petite structure double en forme d’amende située dans le lobe temporal de part et d’autre de l’hippocampe. En aval elle est reliée directement aux régions du cerveau assurant l’expression de la peur.
(Emplacement des organes)

Les circuits de la peur : circuit court et circuit long. © Le cerveau à tous les niveaux.

Il existe un circuit de la peur court et un circuit long. Dans le premier cas les stimulus passent directement du thalamus à l’amygdale qui déclenche brutalement l’expression de la peur.
Dans le second cas, le circuit de la peur dit long,  permet au cortex de s’interposer entre le thalamus et l’amygdale. Le cortex retarde la réaction amygdalienne dans la mesure où il a besoin de temps pour analyser les informations sensorielles. Dans le circuit long une forme de réflexion fine entre en jeu et tempère les réactions.
Dans le circuit long, l’hippocampe peut intervenir pour mettre la mémoire dans la boucle. Il apporte des contenus mémorisés qui nous renseignent sur le contexte (un exemple souvent citer : différencier un bâton d’un serpent). Il peut aussi mettre en mémoire certaines émotions, certaines peurs susceptibles de devenir sources d’anxiété.
Les yips qui ruinent le putting de ceux qui en sont atteint pourraient avoir pour origine une anxiété liée à une peur(1).

Le bruit nous dérange ? Nous sommes simplement humains !

Et voilà pourquoi au golf certains stimulus captés par nos sens nous dérangent : un éternuement, un cri, le déclic d’un appareil photo… Ces sensations pourraient être liées à un danger et empruntent le circuit court de la peur. Dans les cas les plus simples elles détournent notre attention du golf : impossible alors d’exécuter une routine jusqu’au bout.
Dans le pire des cas (un coup de tonnerre violent et inattendu par exemple) elles provoquent un stress avec libération d’adrénaline afin de nous aider à faire face au danger du mieux possible.
D’autres stimulus nous gênent moins comme le bruit d’un avion ou d’une tondeuse. Elles permettent au cortex de se glisser dans la boucle et d’identifier rapidement et inconsciemment l’origine du bruit qui n’a rien d’inquiétant. La réaction est généralement moins violente dans la mesure où elle ne déclenche pas l’instinct de survie.

Si le bruit nous dérange au golf, si le moindre déplacement d’un partenaire nous perturbe, pas de panique, nous sommes bêtement humains ! Notre circuit de la peur s’est mis en route… Rien de plus normal !
Bien sûr, nous n’avons pas tous la même sensibilité à la peur, mais ne pas avoir peur est une pathologie !

(1) La littérature golfique française accorde peu de place aux yips, ces mouvements parasites involontaires qui terrassent jusqu’aux meilleurs au putting.
Voici un article en anglais pour ceux qui s’intéresseraient au problème.

78 – Pourquoi les pères ne se lèvent-ils pas la nuit pour leurs enfants

Cette fois, je l’avoue, rien à voir avec le golf ! Juste un clin d’œil pour terminer l’année. Et pour une fois l’article est court !
Mesdames lisez jusqu’au bout. Vous êtes très concernées !
Messieurs qui êtes pères, il vous a certainement été reproché un jour de ne pas vous lever la nuit pour vous occuper de vos enfants en bas âge ? Et bien vous pouvez maintenant plaider non coupables !

Une étude menée par des chercheurs de l’Université autonome de Barcelone et l’Institut de Recherche Hospital del Mar de Barcelone s’est intéressée au cerveau des femmes enceintes. Ils ont comparé les caractéristiques structurelles du cerveau des femmes avant et après leur première grossesse. Cette recherche est la première à révéler que la grossesse est la cause de changements durables (au moins pendant deux ans après l’accouchement) dans la morphologie neuronale de la mère. Continuer la lecture de « 78 – Pourquoi les pères ne se lèvent-ils pas la nuit pour leurs enfants »

71 – Stress, golf, oméga 3. Lutter contre le stress

Stress, golf, oméga 3 – Médaillée d’argent au lancer du disque aux Jeux de Rio, Mélina Robert-Michon déclarait dans une interview avoir passé une piètre année 2015, à cause d’une « mauvaise gestion du stress ».  Et effectivement, on ne le dira jamais assez, le stress reste le plus grand pourvoyeur de mauvaises performances sportives, mais aussi le plus grand empêcheur de vivre sa vie. Il existe des solutions pour le combattre et le vaincre. Plusieurs ont été abordées sur ce blog. En voici une autre tout droit sortie d’une recherche récente.

Réussir un putt de quelques centimètres semble la chose la plus aisée du monde ! Et pourtant combien en avons nous manqués ?
Ne cherchons pas, l’adresse du joueur est rarement en cause. Le coupable en chef est le stress.

stress, golf, oméga 3
Facile ! Et pourtant combien en avons-nous manqués ?

L’article « Le stress, le practice et le parcours » tentait de montrer comment le stress se développait dans notre cerveau. Aujourd’hui je voudrais attirer l’attention sur une découverte récente publiée le 22 juillet 2016 par des chercheurs de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). Cette recherche nous intéresse dans la mesure où elle débouche sur une solution qui pourrait bien nous débarrasser d’une grande partie de notre stress. Continuer la lecture de « 71 – Stress, golf, oméga 3. Lutter contre le stress »

67 – Conscience, attention et perception au golf

Conscience, attention, perception sont au centre de notre dispositif de recueil et de traitement des informations qui vont guider nos actions, y compris sur le parcours. Une  étude récente sur la conscience nous éclaire sur les rapports qu’elle entretien avec l’attention et la perception. Chemin faisant nous verrons ce que nous pouvons en retirer pour notre jeu.

Les mécanismes de la conscience

Depuis fort longtemps l’homme se demande si nous percevons le monde qui nous entoure de manière continue ou si notre cerveau fonctionne en recueillant de brefs paquets d’informations sensorielles ?
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51 – Notre cerveau est un tout cohérent

 

Cet article n’est pas directement en rapport avec le golf. Toutefois, si l’on considère que notre cerveau est au golf, comme ailleurs, notre premier assistant, il n’est pas inutile de suivre les progrès des neurosciences pour la compréhension du fonctionnement de cet organe si précieux !

 

Lorsque nous jouons au golf notre cerveau est mobilisé sur ses deux modes de fonctionnement, conscient et inconscient. Dans l’article «Réflexion-Action ou le cerveau à la manœuvre » je proposais de reconsidérer le mythe voulant que notre cerveau droit et notre cerveau gauche exécutent des tâches qualitativement différentes : à l’hémisphère gauche la réflexion, à l’hémisphère droit, le sensible, l’instinct.

Cerveau
Tiger Woods en pleine réflexion. © L’Équipe

Or que ce soit pour réfléchir ou pour agir d’instinct, il est aujourd’hui avéré que nous puisons constamment des ressources dans les deux hémisphère de notre cerveau.

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