13 – Le golfeur est-il multitâches ?

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Aujourd’hui nos machines électroniques nous font très souvent réaliser plusieurs choses en même temps. Mais sommes-nous pour autant plus efficaces ?

Dans une autre vie je m’étais mis en tête de passer mon brevet de pilote d’avion. J’ai eu comme instructeur, tout à fait par hasard, un homme incomparable, Jacques de Saint-Phalle, ancien commandant de bord d’Air France sur 747, ancien de l’escadrille Normandie-Niemen. Partager un cockpit avec lui était une véritable aventure humaine où se mêlaient rigueur, humour, patience et valeurs morales. Un grand moment de bonheur.

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Jacques de Saint-Phalle © ECPAD

J’ai cessé de piloter il y a bien longtemps quand l’heure de vol est devenue hors de mes moyens. Cependant j’en ai retenu au moins une chose que me répétait mon instructeur : « l’homme ne peux pas faire plusieurs choses à la fois, tu dois donc respecter une procédure ». Procédure qui consiste à faire les choses les unes après les autres, selon un ordre immuable en relation directe avec la mise en sécurité du vol et son déroulement.

Et quand je me suis mis au golf je me suis trouvé face à une problèmatique tout à fait semblable. Un swing de golf, pour atteindre ses objectifs, nécessiterait de faire plusieurs choses à la fois. Est-ce possible ?

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Le Penseur de Rodin Un homme mono-tâche

Il y a une dizaine d’années une équipe de l’Université de Standford en Californie s’est penchée sur l’homme multitâches dans l’espoir de découvrir ce qu’il mettait en œuvre que les autres n’avaient pas.
Déception les multitaskeurs arrivent bien à faire plusieurs choses à la fois, mais ils font tout mal !
Sur 100 lycéens observés les moins performants étaient ceux qui se considéraient multitâches.
Les neuro-sciences parlent aujourd’hui du « paradoxe de la tâche unique » qui fait de l’homme mono-tâche un homme plus efficace.

Pour nous golfeurs les conséquences sont multiples. La première concerne le swing lui-même : impossible de faire autre chose quand il est lancé, chercher la balle par exemple. Si elle n’est pas au bon endroit le coup n’est pas rattrapable !
La seconde va au delà et pose la nécessité d’avoir une routine répétitive qui aligne les tâches les unes derrière les autres :
– réflexion -> définir sa cible, sa trajectoire, son focus, son club
action -> orientation de la face du club,position de la balle dans le stance, posture, grip, alignement.

Tout bien dans l’ordre et un par un. On ne passe au suivant que quand on a pensé à tout. Pour le grip par exemple, position des doigts, orientation des V, pression, position des pouces…

Le mieux est de s’en remettre à une routine à exécuter scrupuleusement, comme la check-list du pilote d’avion. En ne cherchant pas à être multitâches pour faire tout à la fois on assure le coup de manière quasi certaine.

Une étude réalisée par l’Institut de Neurosciences de l’Université de New York, publiée dans la revue Nature le 29 octobre 2015 explique le mécanisme par lequel les Humains sont préférentiellement monotâches.
Tout se passe dans une zone du thalamus, le noyau réticulé thalamique (NRT) où une population de neurones contrôle les sens. C’est le NRT, véritable gare de triage qui, sur ordre du cortex préfrontal, sélectionne l’information sur laquelle il convient de se focaliser, et c’est encore lui qui contrôle notre attention.
Il s’avère enfin que l’anticipation d’une tâche à venir perturbe celle qui est en cours d’exécution. Ce qui explique que nous ne puissions faire bien plusieurs choses à la fois !
Source : Sciences et Avenir du 26 octobre 2015