90 – Au golf Il y a des formations qui se perdent : la résistance au changement

Après avoir pris un cours, ou mieux avoir suivi une formation sur plusieurs jours nous avons tous ressenti une difficulté à mettre en pratique ce qui nous a été enseigné. La plupart du temps notre jeu en souffre et semble se dégrader. Que se passe-t-il ?

Au bout de ce cheminement frustrant deux hypothèses de sortie :
– l’une par le haut, nous intégrons l’apprentissage ;
– l’autre par le bas, nous revenons à nos anciennes pratiques.

Le premier scénario fonctionne pour quelques personnes. Mais hélas le second est généralement le plus probable. La résistance au changement (1) que tout individu porte en lui a produit son effet !

Ce processus agit généralement inconsciemment. Essayons de le comprendre.

résistance au changement
Stage d’entrainement au petit jeu

Le geste, la technique, le cerveau et l’apprentissage

L’approche de la psychologie
Nous sommes tous conscients que la technique du golf ne se limite pas au maniement des clubs. C’est avec notre corps que nous faisons bouger ces outils, c’est donc notre corps qu’il convient d’éduquer pour obtenir un geste efficace pour produire un bon swing.

Tout cela semble évident mais c’est précisément là que se cache la principale cause psychologique de notre résistance au changement. Modifier notre technique de golfeur pour l’améliorer, c’est vouloir modifier notre manière de bouger.
Or notre gestuelle est l’une de nos signatures. Comme notre voix, notre démarche ou notre visage elle nous permet d’être reconnus.
Elle appartient à « mon » identité. Vouloir la modifier, c’est toucher à cette identité qui fait de moi un être unique, pourtant semblable aux autres Hommes (de tous sexes).
Cette signature, cet élément de personnalité que nous avons construit depuis notre enfance va résister aux apprentissages qui voudraient la modifier. Et plus nous sommes âgés, plus la résistance peut se révéler têtue !

Il est bien possible que ce « conflit », même s’il reste inconscient, explique que tant de personnes abandonnent le golf après quelques mois d’apprentissage ?

Résistance au changement

L’approche des neurosciences
Deux découvertes fondamentales des neurosciences concernent la neurogenèse et la plasticité cérébrale. Autrement dit le fait que le cerveau n’est pas livré clés en main, fini et câblé à la naissance.
Tout au long de la vie :
– il s’enrichit de nouveaux neurones, y compris chez l’adulte ;
– il crée de nouvelles connexions neuronales qui viennent, s’ajouter à celles qui existent, ou soutenir ou encore remplacer celles qui le nécessitent.

Finie la croyance qui voulait qu’un « capital-neurones »  nous soit donné à la naissance, capital dont nous n’ aurions utilisé que 10% au cours de notre vie.
Tous nos neurones sont actifs en permanence, tous ne sont pas sollicités en même temps sur une même tâche, mais tous sont utiles et seront mobilisés en fonction de nos activités.
En l’état actuel des connaissances il est plus juste de dire que « le cerveau est un système dynamique, en perpétuelle reconfiguration ».

Résistance au changement
Tous les neurones sont utiles. © Angers Info

Cette dynamique s’exerce notamment dans l’apprentissage et en cas de lésions du corps ou du cerveau. C’est la plasticité du cerveau qui fait que certaines personnes récupèrent, plus ou moins bien, après un accident vasculaire cérébral (AVC).
Apprendre est un processus complexe qui  change à la fois la structure anatomique du cerveau mais aussi son organisation physiologique. Mémoriser un apprentissage demande la mise en place de réseaux de connexions spécifiques entre neurones qui seront ensuite activés autant que nécessaire.
Selon les chercheurs il existe une fenêtre de plasticité importante pendant l’enfance, qui se rétrécit avec l’âge, sans toutefois  jamais se refermer totalement. Des apprentissages même importants sont possibles tout au long de la vie.

Mais comme un skieur qui a fait sa trace et y repasse à chaque nouvelle descente, notre cerveau ne crée pas volontiers de nouvelles pistes ! Il choisit prioritairement les voies familières.
Cette attitude est liée au fait que les connexions entre neurones sont constamment éliminées lorsqu’elles ne sont pas utilisées et qu’à l’inverse, les connexions très utilisées sont renforcées.
Cette mécanique explique que jeune ou vieux nous possédons tous une certaine résistance au changement venue de cette « préférence » de notre cerveau pour les liaisons neuronales les plus utilisées.

Quand psychologie et neurosciences se rejoignent

Nous avons donc au moins deux bonnes raisons de résister au changement :
– l’une psychologique pour préserver une image accrochée à notre identité ;
– l’autre physiologique due à une certaine paresse de notre cerveau qui rechignerait  à sortir des sentiers battus.

Un faisceau de recherches menées pendant le dernier quart du XX° siècle a prouvé qu’il existait une relation directe entre la pensée et le corps.
Le dualisme posé par Descartes au XVII° siècle  établissant que la pensée et le corps constituent deux substances qui n’ont « rien de commun entre elles » est dépassé.
Aujourd’hui, pour ce qui nous intéresse dans cet article, il faut considérer que l’approche psychologique et l’approche neurologique de la résistance au changement sont les deux faces d’un même phénomène qu’il convient de traiter dans son unité. 

C’est quoi apprendre ?

Pour la science, apprendre est une affaire de connexions entre neurones. Acquérir de nouvelles connaissances serait comme tracer une route entre deux villes en créant une nouvelle chaîne de neurones.
La chose est-elle pour autant simple ? Non car nous ne bâtissons pas notre route sur un terrain vierge. Pour ne parler que du golf, sauf si nous débutons, nous traînons avec nous pas mal de mauvaises habitudes, sources de nombreuses erreurs, de balles rasantes, topées, fuyantes et perdues… Nous sommes face à des connexions qu’il va falloir détricoter pour en « écrire » de nouvelles !
Et nous ne sommes pas à l’abri de produire de nouvelles erreurs tout au long de notre phase d’apprentissage.

Le chantier est vaste ! Il faut acquérir de nouvelles connaissances, corriger nos anciennes erreurs qui sont autant de mauvaises connexions qui peuvent se révéler tenaces et, dans le même temps il faut débusquer immédiatement nos nouvelles erreurs pour éviter qu’elles ne s’impriment dans notre cerveau.

Résistance au changement
Le pro est indispensable

Moralité l’aide d’un pro est indispensable.  Il faut le choisir avec soin et éviter de papillonner d’enseignant en enseignant.
Que penser des formations par vidéo ? A mon avis du bien car elles permettent de revenir encore et encore sur la leçon. Et comme notre cerveau ne fait pas vraiment la différence entre un pro et son image, ça marche. Il manque le contact humain direct. L’idéal est bien sûr de choisir un enseignant qui diffuse des vidéos et organise des stages… Ils sont nombreux dans ce cas.
En entreprise une pédagogie en vogue consiste pour l’enseignant à adopter ce que les sciences humaines appellent une attitude compréhensive. Il ne s’agit pas pour le professeur d’être copain, complice, ou bienveillant, mais d’établir une compréhension du changement à obtenir. Une compréhension de ce qu’il convient d’enseigner, et de la façon de l’apprendre à l’élève : « Moi enseignant je te comprends et te respecte toi élève, et je sais comment me faire respecter et comprendre par toi ».  J’ai connu des enseignants de golf qui pratiquaient cette démarche avec bonheur et d’autres…
Mais n’oublions jamais qu’une formation doit toujours être positive. Notre cerveau ne comprend pas les actions négatives. Une demande du genre « n’écarte pas tant les pieds », est irrecevable et inopérante en situation de formation, tout simplement parce que vouloir créer une chaîne de neurones en négatif est tout simplement impossible…
Je ne pense pas qu’il existe aujourd’hui un enseignant de golf qui ignore cette impossibilité.

La pédagogie est affaire de répétition

En général tous les pros terminent leurs cours en donnant des exercices à leurs élèves !  Il est en effet impossible dans le temps court d’une leçon de créer des chaînes de neurones bien établies. Ne pas faire ses gammes après une leçon est la meilleure façon de n’en tirer aucun profit.

Au golf comme en toute matière, la répétition se révèle la meilleure façon d’acquérir de nouvelles connaissances. Encore faut-il pratiquer une répétition efficace.
La mauvaise habitude que nous avons d’aller au practice, de prendre un seau de balles et de les tirer les une derrière les autres  à la vitesse d’une mitraillette n’est pas efficace. Elle n’enrichit que celui qui vend les seaux de balles !

Tout d’abord il faut avoir déterminer pourquoi nous allons au practice. Pour répéter quoi ?  Pour réviser quoi ? Comment ? Chaque balle jouée doit avoir un objectif !
Autre recommandation des pédagogues, faire des pauses. Toutes les 10 balles  (tirées en respectant sa routine) il conviendrait de respecter une pause de 5 minutes pour permettre aux connexions que nous travaillons de s’établir tranquillement. La pause doit être un moment de détente qui favorise la consolidation des acquis. Ce n’est pas du temps perdu !

La répétition d’un geste établit ou renforce les nouvelles connexions entre réseaux de neurones. Le sommeil va ensuite prendre soin de ranger ces acquis dans la mémoire procédurale. Mais attention elles vont s’affaiblir dans le temps. Une chaîne de neurones qui ne travaille pas s’estompe mais sans jamais s’oublier complètement.
Par exemple ce coup lobé par dessus les bunkers que vous réussissiez si bien la saison passée et qui semble aujourd’hui manquer à l’appel. Un jour ou l’autre il faudra revenir au practice pour retravailler tel ou tel geste en partie perdu car trop peu souvent utilisé.
Contrairement aux piles, les chaînes de neurones ne s’usent que si elles ne servent pas !

Retour à la vie de golfeur

Ensuite tout va dépendre du retour à la vraie vie de golfeur ! Quand la situation de formation est terminée comment ne pas tomber dans la spirale du rejet ?

Il faut une cure de solitude. Pas bien longue mais qui permette d’ancrer les choses : practice bien sûr et pourquoi pas parcours seul. Surtout parcours sans compter les coups. Si nous repartons dans une partie amicale mais comptée avec nos amis habituels la bataille a de fortes chances d’être perdue.

Ce n’est pas en sortant d’une formation que l’on peut briller. Pire nous risquons de mal jouer si nous n’avons pas totalement digéré notre cours. Alors pour donner de nous une image conforme nous retournons à notre jeu d’avant, même s’il n’était pas fameux…

Comme l’aurait dit François 1er au lendemain de la bataille perdue de Pavie (1525) : « Tout est perdu fors l’honneur ». La phrase s’applique bien au cas qui nous intéresse : nous avons sauvé notre image sociale, mais avons perdu notre temps et notre argent pour une formation qui n’aura pas survécue à la face psychologique de notre résistance au changement.

(1) La résistance au changement a fait l’objet de nombreuses études dans le monde du travail. Normal ! L’évolution rapide des techniques et des normes pousse les entreprises à évoluer sans cesse que ce soit pas nécessité, par obligation ou même par hasard.