86 – Vos greens sont-ils en bon état ?

Sur un parcours de golf les greens constituent les surfaces les plus techniques et les plus fragiles. Pour 18 trous la surface totale des greens est en moyenne de 1 hectare (10 000 m2).

Anatomie d’un green

Fond de forme du green du 18 lors de la construction du Golf du Domaine Impérial (Au bord du Lac Léman entre Genève et Lausanne). Le géotextile qui est déroulé doit se trouver au fond du fond de forme, au dessous des dispositifs de drainage. © J-M Hérissé

Le gazon que nous foulons sur un green pousse à la surface d’un mille-feuilles de 40 à 50 cm d’épaisseur.
Cet ensemble prend appui sur un fond de forme. L’inclinaison générale du green, ses pentes, ses plateaux sont définies dès les travaux de terrassement du fond de forme.
Soigneusement compacté et stabilisé le fond de forme est ensuite préparé pour accueillir les dispositifs de drainage installés dans des tranchées de 15 à 20 cm de profondeur. Au dessus des drains, les tranchées sont rebouchées avec des graviers.
Il est parfois nécessaire de mettre en place une couche géotextile qui est déroulée à même le sol et au fond des tranchées de drainage.

Le fond de forme est ensuite recouvert d’une ou plusieurs couches de graviers drainants de 10 cm d’épaisseur minimum. Ces couches épousent les pentes du fond de forme qui ne doivent pas être modifiées. Ces graviers sont calibrés et doivent respecter certaines spécifiés de structure afin d’éviter toute possibilité d’affaissement du green par la suite.

Vient ensuite la mise en place du substrat sur lequel poussera le gazon. Cette couche est un mélange de sable, de terre ou de tourbe et peut contenir du son de riz, de la sciure de bois ou des produits de compostages stabilisés. C’est la partie vivante du green où vont s’installer les racines des plantes

mesurer les distances
Green du 18 à Forges-les-Bains

Et enfin vient le gazon ! Il est constitué à partir d’un mélange de graines de plusieurs graminées. Une vingtaine de variétés peuvent-être utilisées pour constituer ces mélanges. C’est évidemment le chef jardinier qui choisit le mélange qui lui semble le plus adapté à son parcours et à chaque green en fonction de nombreux paramètres locaux : situation, pluviométrie, ensoleillement, gelées, vent…

L’intérêt des mélanges est double. Ils permettent de marier des plantes qui croissent à divers moments de l’année et  pallient aux maladies qui pourraient attaquer telle ou telle variétés de graminées et en épargner d’autres. Il devient ainsi possible d’assurer une bonne couverture des greens en tous temps et toutes circonstances.

Une question d’équilibre biologique

Si la qualité d’un green dépend de sa conception et de sa construction, elle doit ensuite beaucoup aux travaux d’entretien qui seront effectués tout au long de la vie du green.
Bien sûr on pense à la tonte qui dans l’idéal doit maintenir une hauteur d’herbe de 3 à 6 mm. Sachant que les graminées utilisées croissent de 4 à 8 mm par jour au printemps et en été, il faut prévoir pendant cette période de tondre les greens tous les jours.
Mais ce n’est pas tout. Le substrat sur lequel pousse le gazon est un milieu sensible au sein duquel il est indispensable de maintenir un bon équilibre biologique entre le sol, l’eau et l’air.
Le sol joue un rôle important en tant que support physique et fournisseur d’éléments nutritifs nécessaires au développement du gazon. De plus le sol doit emmagasiner et gérer les éléments fertilisants et l’eau. Et il doit aussi  permettre la circulation des gaz, favorisant ainsi, grâce à la présence d’oxygène, la décomposition et la transformation de la fraction organique par les micro-organismes du sol.

Des aérations indispensables

Aérateur de gazon

Au moins deux fois par an, nous maudissons les jardiniers qui pratiquent de multiples trous dans « NOS » greens ! Et pourtant sans ces opérations d’aération, les surfaces des greens deviendraient rapidement impropres au jeu. Très vite en effet, le passage fréquent des tondeuses et le piétinement des golfeurs* tassent le sol et font que la circulation de l’eau et des gaz se fait de moins en moins bien dans la zone racinaire. Pour assurer une bonne pousse du gazon, particulièrement dans les périodes de pleine croissance, il est indispensable de pratiquer des aérations au début du printemps et en septembre
L’opération consiste à faire des trous verticaux sur les greens. Certaines machines à aérer font jusqu’à 400 trous au mètre carré. Pour être réellement efficace une aération doit aller jusqu’à une profondeur de 5 à 8 centimètres pour bien atteindre la zone racinaire du gazon.

Deux types d’aérations sont en général pratiquées. Soit avec des aiguilles pleines qui percent des trous de petit diamètre ; soit par carottage avec des outils creux qui retirent des carottes de terre et font donc des trous plus gros, plus longs à se refermer.
En général on ne pratique qu’un carottage par an et plusieurs aérations par aiguilles, à la demande.

Les verticuts

Machine pour traitement verticut
Green après passage de la machine à verticut. © J-M Hérissé

C’est une opération qui passe quasiment inaperçue.
Régulièrement pendant la saison de forte pousse il faut enlever le feutre du gazon, c’est à dire essentiellement les racines mortes. Ce feutre empêche la bonne régulation de l’eau et peut être la cause de maladies. L’opération se nomme verticut ou coupe verticale ou encore défeutrage ou scarification.
Hélas l’absence de feutre sur un green compromet gravement nos chances de pitcher si nous ne sommes pas capables d’envoyer nos balles au ciel et de leur donner un solide effet backspin… Ne regrettons rien, il est impossible de laisser le feutre sur les greens et de les conserver en bonne santé.

Le sablage

Green nouvellement sablé

En général cette opération se fait après une aération ou un verticut. Il s’agit d’épandre sur le green une fine couche de sable.
On parle toujours de sablage et de sable mais en vérité, on utilise aujourd’hui de nouveaux matériaux aux propriétés bien plus performantes.
À Forges-les-Bains en Essonne, le golf où je joue chaque semaine, les jardiniers utilisent une céramique poreuse calcinée. Il s’agit d’un produit issu de l’argilite, une roche sédimentaire constituée de mica, de quartz et d’argile. En travaillant l’argilite il est possible de lui donner d’intéressantes propriétés.
La céramique utilisée à Forges est riche en oxyde de fer, oxyde d’aluminium et oxyde de silicium, donc riche en oxygène, élément indispensable au maintient de l’équilibre biologique du substrat.
– Elle peut retenir jusqu’à 93% de son poids en eau et ainsi accroître le temps de disponibilité de l’eau à la racine de la plante.
– Elle stocke les nutriments de manière optimale et réduit de fait la quantité d’éléments fertilisants à apporter.
– Elle diminue la compaction du sol et facilite la circulation des gaz dans la couche racinaire.
Au total le choix de ce type de matériau préserve la ressource en eau et réduit la quantité d’intrants à apporter au sol. C’est une solution qui protège l’environnement tout en assurant une bonne qualité des greens.
En opération de sablage selon les besoins il faut compter de 0,5 à 18 tonnes de céramique par hectare, c’est à dire pour la surface des 18 trous d’un parcours.

Le top-dressing

Top-dressing sur un green

Le top-dressing est l’application d’une fine couche d’un mélange à base de sable ou de céramique sur les greens. Il se pratique plusieurs fois dans l’année.
Employé sans travail du sol ou couplé à des opérations d’aération ou de scarification, le top-dressing assure une lutte efficace contre le feutrage. Il accroît la tolérance au froid et l’enracinement des gazons. Il amélore l’infiltration de l’eau, des fertilisants et de la chaleur.

Le top-dressing est nécessare afln d’obtenir une surface de jeu de qualité.

Cette opération est ancienne puisque le greenkeeper de Saint Andrews la pratiquait à la fin du XIX° siècle pour s’assurer de la qualité des surfaces.

Enfin le balayage

Il est effectué après un sablage ou un top-dressing pour faire pénétrer le sable ou la céramique dans le gazon. Il est aussi utilisé pour enlever la rosée du matin, non seulement pour faciliter le jeu des premiers golfeurs, mais aussi pour éviter à l’eau de stagner sur l’appareil aérien de l’herbe, ce qui favorise l’apparition de maladies.

Malgré tous ces soins il peut arriver que les greens soient atteints d’une maladie. Il n’est pas toujours facile de s’en débarrasser et l’utilisation de produits phytosanitaires devient inévitable.
Pour nous golfeurs une bonne précaution à prendre consiste à bien nettoyer la semelle de nos chaussures après chaque partie. Nous évitons ainsi de ramener la semaine suivante la maladie sur des greens traités et nous ne transportons pas les ravageurs du gazon d’un golf à l’autre.

  • C’est la raison pour laquelle il est interdit de rouler nos chariots sur les greens et les départs. Nous ne devrions pas non plus les rouler sur les colliers de greens qui souvent sont supportés par la même structure que le green.