59 – Fitting : le clubmaker-le shaft et le grip

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Dans les trois articles précédents nous avons approché la réalité du fitting, vu ce qu’il était raisonnable d’en attendre et suivi les choix du clubmaker pour les têtes de club et le hosel.
Il est temps de parler du shaft et du grip pour conclure cette série.

Le choix du shaft

le shaft et le gripLe shaft est-il réellement le moteur du club comme il n’est pas rare de l’entendre dire ?
Non dans la mesure où il ne crée ni ne transforme aucune énergie. Il se contente de transmettre l’énergie de vitesse (énergie cinétique) de nos mains vers la balle en ajoutant un bras de levier supplémentaire*.
Mais est-ce pour autant un rôle de second plan ? Loin de là, car le shaft peut s’acquitter de cette tâche de diverses façons allant de très bien à très mal.

Pour prétendre au très bien, un shaft doit être adapté aux possibilités de la golfeuse ou du golfeur qui le tient. Une manière de répondre à cette exigence consisterait à mesurer la vitesse des bras, la vitesse de swing, et à en déduire la qualité du shaft qui va transmettre cette vitesse avec le plus d’efficacité. Un joueur rapide et puissant gagnerait par exemple à disposer d’un shaft plus rigide qu’un joueur lent. Une femme ou un sénior s’accommoderaient mieux d’un shaft très flexible…
Il ne resterait qu’à suivre les propositions des fabricants selon un choix de flexibilités résumé par des lettres : X, S, R, A ou L.
X comme extra stiff ; S pour stiff ; R pour regular ;   A comme adulte en réalité sénior ; L pour les ladies.

le shaft et le grip

Simple ! Trop simple car en réalité ces lettres ne veulent pas dire grand chose dans la mesure où elles ne font l’objet d’aucune normalisation. Le stiff d’une marque peut très bien avoir la même flexibilité que le régular d’une autre. Mieux un même fabricant peut avoir des flexibilités différentes d’une gamme à l’autre alors qu’il leur attribue les mêmes lettres. Ces lettres sont des valeurs subjectives, relatives à une production donnée.

Nous entendons parfois parler de « kick point »  ou de « bend point » qui seraient des mesures objectives indiscutables de la flexibilité permettant de savoir si tel shaft génèrera une trajectoire haute ou tendue. Certes ces notions font appel à une méthodologie de mesure qui semble rigoureuse mais elles débouchent sur la détermination de points de flexion haut, moyen et bas qui ne correspondent à aucun standard normalisé, ce qui complique le choix.

À qui se fier alors ? Et bien au véritable moteur de tout ça : au golfeur ! Et c’est là qu’intervient le métier du clubfitter.
En réalité le choix de la flexibilité d’un shaft est une adaptation à la façon dont la joueuse ou le joueur désarme ses poignets. Le release cher à nos pros ! Entre trop tôt et trop tard, il y a le juste à temps, le graal que tous les golfeurs n’atteignent pas facilement. Plus le désarmement intervient tôt, plus la vitesse de la tête de club diminue avant la frappe. Toute l’énergie disponible est consommée dans l’air, bien avant la traversée et le bref instant (2/1000e de seconde) où le club rencontre la balle. C’est pour obtenir ce juste à temps qu’il est important de créer ce fameux retard de la tête de club au cours de la descente.
Nous avons tous vu, ne serait-ce que chez les pros,  des golfeurs qui semblent jouer au ralenti et qui envoient leur balle à des kilomètres en plein milieu du fairway (énervant non ?).  Tout simplement ils désarment leurs poignets au bon moment obtenant grâce à leurs shafts adaptés une vitesse de la tête du club bien supérieure à ce que permettrait la vitesse de leurs bras. Le bon shaft est celui qui joue un rôle de multiplicateur de vitesse, et tire le meilleur parti de son effet de levier par une flexibilité adaptée.
Et ce rôle grâce à la compétence du clubfitter et du clubmaker peut être joué par « le bon shaft » , même pour les libérateurs précoces ou tardifs…

le shaft et le grip
Quelques shafts proposés par Tom Wishon

Sans entrer dans le détail du travail du clubmaker il va se livrer à une série de réglages dont le but est :
– d’harmoniser le moment d’inertie de tous les clubs afin que le golfeur ressente pour chaque club la même traction sur ses poignets ;
– de régler la longueur et le loft de chaque club ce qui permettra une posture constante à l’adresse indépendamment du fer choisi ;
– d’harmoniser les fréquences de chaque shaft d’une série afin d’obtenir un écart de fréquence constant d’un club à l’autre (un fer 5 sera légèrement plus rigide qu’un fer 6 lequel est plus rigide qu’un fer 7…) ;
– de rechercher la bonne orientation de chaque shaft afin d’obtenir  un  bon alignement linéaire de chaque club.

Bien sûr on ne traite pas un driver comme un putter, un hybride ou un fer. Il faut tenir compte des spécificités de chacune de ces catégories de clubs.

Sur leurs sites respectifs les professionnels nous parlent plus en détail de leur art :
– André Thaon (Golfnswing) ;
– Alexandre d’Incau (Pro Clubmaker)
– Mathieu Oger (Matteo Club making golf).

La vidéo ci-dessous montre tout l’intérêt de disposer de shafts orientés en oscillation linéaire. Que de risques d’imprécision éliminés !

Et enfin le grip

Nous changeons nos grips quand ils nous semblent usés… Quand nos mains glissent… Et nous en choisissons de nouveaux plutôt pour leur couleur que pour leur qualité !

le shaft et le grtip
Toutes les couleurs, mais aussi toutes les tailles…

Et pourtant le grip est le seul point de contact entre le club et le golfeur. On est en droit d’en attendre : de bonnes sensations, un retour fidèle d’informations, une bonne adhérence, une absorption des chocs, une grande précision.
Là encore les conseils d’un clubfitter peuvent s’avérer judicieux. Il va nous recommander une certaine qualité de grip : plus forts, plus fins, moulés, torsadés… Un choix qui entre dans l’équilibrage du MOI du club donc dans la qualité du jeu.

En guise de conclusion

 Si je ne vous ai pas convaincu de l’intérêt de vous mettre entre les mains d’un clubfitter et d’un clubmaker, j’espère au moins avoir fait passer l’idée qu’un club de golf était un outil complexe, très technique, qui méritait mieux qu’un vague coup d’œil sur son look en guise de critère de choix.
J’ai pour ma part choisi de m’offrir une série sur mesure. La séance avec le clubfitter reste une expérience enrichissante. Je n’en suis pas pour autant devenu un champion. Juste un golfeur qui fait confiance à son matériel et qui en éprouve d’autant plus de plaisir à jouer.
Et ne pas oublier qu’une série sur mesure n’est pas plus chère qu’une série tirée du rack d’un magasin : elle est juste mieux adaptée au jeu de sa ou son propriétaire.

* En réalité au moment de l’impact il y a de multiplies transformations d’énergie, en chaleur notamment, et heureusement en vitesse linéaire, mais elles surviennent précisément à cet instant.

Les autres articles sur le fitting :
– Approche globale
Que pouvons-nous en attendre ?
– Le clubmaker-Têtes et hosels