58 – Fitting : le clubmaker – Têtes et hosels

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Nous savons qu’un agréable toucher de balle est la principale chose que nous pouvons attendre d’un fitting et de clubs conçus sur mesure. De la qualité du toucher va dépendre la précision, la régularité de notre frappe et aussi un peu de distance. Mais sur quoi le clubmaker peut-il jouer pour parvenir à ce résultat ?

Un club de golf est essentiellement composé de 4 éléments : la tête, le hosel, le shaft et le grip. Le clubmaker va chercher à agir sur chacun de ces 4 composants pour confectionner le club le plus adapté à sa ou son futur propriétaire.

La tête de club. Le choix du clubmaker

L’une des caractéristiques essentielles d’une tête de club concerne son « sweetspot »(1) . En théorie il s’agit d’un point précis de la face, juste à son intersection avec la ligne qui relie le centre de gravité (CG) de la tête de club à celui de la balle de golf. C’est un point ! En théorie toujours, pour obtenir un toucher des plus agréables et des plus efficaces en terme de longueur et de direction, il faudrait frapper la balle pile sur ce point. Pas facile !

sweet spot

Aussi les clubs modernes sont-ils dotés d’un facteur de tolérance plus ou moins important qui correspond à un sweetspot plus ou moins spacieux. La tolérance peut se définir comme une fonction du moment d’inertie (2) de la tête. Plus la tête est large et lourde plus son moment d’inertie est élevé et plus sa tolérance est grande.
Mais on ne peut pas augmenter indéfiniment le poids de la tête d’un club sous peine de le rendre difficile à swinguer.
Les designers de têtes se sont évertués depuis une quinzaine d’années à concevoir des produits de plus en plus tolérants. Il fallait notamment empêcher que la tête ne vrille autour de l’axe vertical qui passe par son CG. Ils ont joué sur un déplacement du centre de gravité vers l’arrière, sur une augmentation de la surface de la face, sur le poids  et sur le volume total.
À tel point que la réglementation a du fixer des limites pour les bois : 460 cm3 de volume maximum et 5 900 g/cm2 pour le moment d’inertie. ( Voir les appendices II, III et IV du livre des règles)

Avec ces obligations, à quelques différences prés, toutes les têtes pourraient avoir aujourd’hui les mêmes caractéristiques en terme de tolérance. Mais ce n’est pas tout à fait exact car certains fondeurs se sont mis à travailler sur les épaisseurs du métal et la répartition des masses sur la face et le pourtour des fers et des bois, drivers compris. D’où l’apparition de clubs personnalisables sur lesquels il est possible d’ajouter, de retrancher ou de déplacer des poids vissés en divers endroits.
Aujourd’hui la tendance serait plutôt, pour les fers, avec des cavités plus ou moins profondes à l’arrière, et avec des faces plus ou moins travaillées. Le but étant d’éloigner les masses du centre de gravité,  de reculer et d’abaisser ce dernier au maximum afin d’obtenir un moment d’inertie aussi proche que possible de la limite autorisée. Mais les gains deviennent de plus en plus faibles. Une expérience réalisée par Tom Wishon aux USA a montré que pour une augmentation de 1 400 g/cm2 du moment d’inertie d’un driver qui à l’origine était de 3 800 g/cm2, le gain en torsion n’était que de ½ degré en moins.

(1) Un petit dessin nous fera mieux comprendre le problème posé aux ingénieurs.
moment d'inertieLorsqu’on veut faire tourner un balai autour d’un axe, il est plus facile d’y parvenir autour de l’axe du manche comme en 1 qu’autour d’un axe transversal comme en 2.
En 1 son moment d’inertie est plus faible qu’en 2 où les masses du balai sont plus éloignées de l’axe de rotation.
Le club de golf est dans le cas 1. Si notre frappe est éloignée du sweetspot théorique, la tête a tendance à tourner, à vriller autour de son axe (la verticale qui passe par son centre de gravité) et à ne plus frapper la balle square.
Les ingénieurs s’évertuent donc à augmenter le moment d’inertie de la tête de club pour limiter sa rotation et la rendre plus tolérante aux frappes décentrées. D’où le déport des masses de la tête vers sa périphérie.

 

On trouve trois types de fers selon leur technique de fabrication :
– les têtes moulées, les plus nombreuses ;
– les têtes forgées, beaucoup moins courantes ;
– et des têtes semi-forgées, dont toute la partie arrière est moulée autour d’une cavité et dont la face avant est un insert forgé.
Il existe bien sûr des différences entre ces types de fabrications. Sur les têtes semi-forgées l’insert présente l’avantage de pouvoir être travaillé séparément. Le choix du matériaux qui le compose permet d’augmenter la tolérance de la tête, par exemple en choisissant un métal plus léger (de masse volumique inférieure), qui se plie au choc et que l’on peut usiner afin de réduire son épaisseur à la périphérie.  Ensuite, la douceur de frappe du matériel forgé procure un appréciable supplément de confort. Un bruit plus sympathique, les semi-forgés par exemple émettent un petit clac motivant à l’impact. Peut-être une précision plus fine. Mais très peu de chose concernant la distance parcourue !

Ainsi le clubmaker a le choix entre diverses possibilités en fonction de la conception de têtes ayant une plus ou moins grande tolérance, donc plus ou moins de surface et plus ou moins de poids, mais aussi plus ou moins de confort de frappe. Et ne pas oublier : un bruit plus ou moins agréable.

Et le COR  ou coefficient de restitution ? C’est un argument marketing. Ne pas se laisser abuser par la mention « COR élevé »  ou autre ! Le COR étant limité par la réglementation à 0,83, tous les fondeurs ont la possibilité de produire des têtes, notamment de drivers, atteignant cette limite. Le COR exprime par un nombre la capacité pour un club à restituer tout ou partie de l’énergie qui lui est fournie. Avant 2002 les fabricants s’étaient lancés dans une course au COR afin de contourner les limites de vélocité imposées aux balles. Depuis, sous l’impulsion de l’USGA (United States Golf Association), les règles ont fixé une limite : une tête de club ne doit pas restituer plus de 83 % de l’énergie qu’elle a reçu.
Il est bon de savoir qu’entre un driver aux normes et un driver de COR 0,84 par exemple le gain de distance sera inférieur à 3 mètres.

Enfin je n’ai pas parlé des stries présentes sur la face de toutes les têtes. Elles sont aujourd’hui très réglementées, en nombre, en taille et en dessin. Elles sont importantes mais ne créent plus de différences significatives entre les clubs. Le livre des règles 2016-2019 ne compte pas moins de 4 pages consacrées à la « Face du club » (Appendice II pages 166 à 170)

Le hosel. Un objet insolite

Hosel réglable

Le hosel est cette petite partie située entre la tête du club et le shaft. C’est avec lui que nous tapons quand nous commettons «une»  socket ! Les anglo-saxons parlent d’ailleurs plus souvent de socket que de hosel.
Nous n’y prêtons guère attention. Et pourtant plusieurs marques proposent des drivers avec hosel ajustable (image ci-contre).
Il y a donc là un élément sur lequel peut agir le clubmaker.
La première réglage que permet le hosel est d’ajouter du poids au bas du club. C’est à la fois une façon de stabiliser le club et parfois pour certaines personnes d’apporter un gain de précision et de distance. Durant l’analyse de notre swing, le clubfitter n’aura pas manqué de tester cette possibilité.

clubmaker
Têtes de fers 9 Mizuno

Par ailleurs il existe des hosels de différentes formes. Pour les fers il existe différents hosels, plus courts, plus longs et une variété qui permet de repousser la tête de club vers l’arrière du swing. Sur la photo ci-contre il apparait que ces deux fers 6 Mizuno ont des hosels différents. Celui de gauche renvoie la tête vers l’arrière ce  qui permet de corriger légèrement les joueuses ou joueurs qui désarment trop tôt leurs poignets. Je n’ai pas d’exemple plus parlant mais ce décalage est parfois très prononcé.
C’est aussi le hosel qui va permettre de régler le lie de la tête de manière qu’elle repose au sol sur toute sa longueur quand le joueur est à l’adresse : ni sur le talon, ni sur la pointe.
Enfin il existe pour les bois et les hybrides des hosels dits « pliables » (bendable en anglais) qui permettent de parfaire les réglages du loft, du lie et de l’angle d’ouverture de la tête.

clubmaker
Putter Yes

Pour les putters le concours Lépine est ouvert. Il existe des hosels de toutes formes et de toutes longueurs permettant la meilleure adaptation au swing du joueur.
Le fitting d’un putter est une étape vraiment indispensable pour obtenir régularité et précision.

Pour ne pas être trop long je m’arrête ici !
Le prochain article abordera les shafts et les grips.

(1) Le terme sweetspot vient de l’acoustique. Pour les ingénieurs du son, le sweetspot est la zone d’écoute idéale, la meilleure place pour un auditeur par rapport à l’emplacement des haut-parleurs.
Au golf c’est la zone de contact optimal sur la face du club.

(2) Le terme moment d’inertie désigne toujours une résistance à un mouvement angulaire. Mais il est possible d’évoquer cette résistance à propos de choses différentes.
Il s’agit ici de la résistance d’une tête de club à sa rotation autour de l’axe vertical passant pas son centre de gravité. Plus le moment d’inertie est élevé et plus la tête offre de résistance et se révèle tolérante.

Appliqué au club de golf le moment d’inertie est aussi une résistance au mouvement mais elle est rencontrée lors du swing. Elle est égale au poids du club multiplié par le carré de sa longueur. Nous en avions parlé dans l’article « L’énergie d’un moment  pour gagner en distance ». Pour ce cas on emploi aussi l’abréviation MOI. Parmi les taches du clubmaker il lui revient de régler le MOI de tous les clubs d’un sac, driver compris sur la même valeur. Il en résulte un grand confort de jeu et une plus grande régularité.

Les quatre articles sur le fitting sur ogolfblog :
– Fitting ou pas fitting : approche globale
– Fitting : que pouvons-nous en attendre ?
– Fitting : le clubmaker-Têtes et hosels
 Fitting : le clubmaker-Le shaft et le grip