47 – Sway et transfert de poids

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Le transfert de poids est un mythe responsable du sway, grand destructeur de swing.
Le swing de golf s’organise autour de l’axe constitué par la colonne vertébrale.

 

Garde tes yeux sur la balle ! Qui n’a pas entendu cette phare des dizaines de fois de la part de son pro ? Essayons d’en comprendre le fondement et la justification. Et interrogeons nous sur le transfert de poids au golf.

sway
Superbe sway !

L’un des défauts techniques majeurs qui nous prive de régularité, de distance, de direction… et de bons scores est le sway.
Le sway est un déplacement latéral des hanches, vers l’arrière du stance au backswing, puis vers l’avant à la descente. Comme on nous a dit qu’un bon swing s’accompagne d’un transfert de poids en double pivot, d’abord vers la jambe arrière puis vers la jambe avant, nous agissons comme si ce glissement latéral en tenait lieu.
Nos pros savent qu’il n’en est rien et « limiter les mouvements de la tête et des yeux » fait partie de l’arsenal d’astuces dont ils disposent pour corriger ce défaut.

Sway et transfert de poids

Mais voyons d’abord pourquoi le sway est si nocif. Sur la photo ci-contre la golfeuse se retrouve dans une position typique de sway. Remarquons le déséquilibre qui se crée : son poids repose entièrement sur sa jambe arrière, la verticale de son centre de gravité semble vouloir sortir de l’espace compris entre ses deux pieds (polygone de sustentation). Dans le même temps, son sternum s’est aussi transféré vers l’arrière, déplaçant le point bas de « l’arc magique » loin derrière la balle.

Dans cette situation il devient quasiment impossible d’obtenir un bon contact de balle. Le spectre de la gratte ou du top se profile. Comme notre cerveau perçoit le problème, il va mettre en œuvre une foule de compensations pour tenter de récupérer le coup. Il s’ensuit un swing compliqué et inopérant. Bref c’est pas gagné ! D‘autant que nous n’avons plus alors qu’une obsession : frapper la balle ! Ce qui est tout à fait contre productif ! Attention au coup d’épaule !

Regardons maintenant le très étudié swing de Tiger Woods.

La position 2, en haut du backswing, correspond à celle de la golfeuse ci-dessus. Les hanches de Tiger ne sont pas parties vers sa droite, elles tournent autour de l’axe de la colonne vertébrale. Jusqu’à la position 5 la verticale de son sternum reste centrée par rapport à la balle. Tout au plus dès 3 un léger déplacement vers sa droite est perceptible : normal, il a fait sa reprise d’appui dès la fin de 2 et il est en pleine recherche de vitesse, déjà parti vers le finish. Mais il n’a pas détruit son swing en se projetant sur son pied arrière.

Pourquoi les yeux et la tête ?

Nos pros nous conseillent de garder les yeux sur la balle et la tête fixe dans le sens du jeu car cette consigne devrait nous aider à ne pas partir vers l’arrière avec le club. Mais ça ne suffit pas. Revoici notre golfeuse dans son sway et à côté d’elle une légende du golf, Ben Hogan. Regardons leurs pieds droits. Elle se retient à grand peine sur l’extérieur de son pied pour ne pas basculer, lui s’appuie avec assurance sur l’intérieur de son pied droit. Mieux Ben a son poids qui repose en grande partie sur l’intérieur de son pied avant. Chez Woods c’est moins évident, mais regardez bien…
L’une est déjà en difficulté, l’autre, Ben Hogan, est très stable, son sternum reste centré.
Pour imiter Ben Hogan il est bien plus facile de s’installer confortablement sur l’intérieur de ses pieds dès l’adresse, que de penser à sa tête et à ses yeux dans le temps bref du swing. Quand le swing est lancé il n’est plus temps de penser. Percy Boomer disait : « un golf régulier dépend de notre capacité à interdire l’accès de notre machinerie mentale à la part de nous-même qui joue les coups de golf ».

Et le transfert de poids ?

Tout le problème de l’existence même du sway vient de cette histoire de transfert de poids. Et bien c’est un mythe, une fausse croyance. Le swing de golf n’est pas une affaire de transfert de poids. La base du swing de golf est une rotation autour d’un axe fixe : la colonne vertébrale. Axe qu’il est nécessaire de bien caler entre ses pieds dès l’adresse pour assurer sa stabilité. Comme Tiger Woods ou Ben Hogan !

Regardez ce qu’en pense Edouard Montaz qui s’emploie avec succès à répandre en France et en Europe la méthode très moderne et très cohérente du Canadien Shawn Clement.
Visitez son site, ou retrouvez le sur YouTube.

Joël Bernard dont la méthode est un modèle de cohérence renvoie aussi  le transfert de poids à sa réalité.
Visitez son site, ou retrouvez-le sur YouTube.

Dans le livre «  Golf et Science »* écrit sous la direction du Dr Mark F. Smith (University de Lincoln – USA), publié en France en 2015 par les Editions Vigot les auteurs distinguent trois types de transfert de poids :
– L’ « appui-avant » correspondant à ce qui est traditionnellement enseigné, un transfert vers le pied arrière puis vers le pied avant ;
– L’ « appui-inversé » qui préconise un retour du poids sur le pied avant,  avant le milieu de la montée ;
– Le « stack and tilt » (en gros « empiler et incliner ») où le poids reste centré par rapport à la balle.
Des études réalisées aux USA montrent que les méthodes « appui-inversé » et  «  stack and tilt » donnent les meilleurs résultats.

Mais alors ce poids ?

En fait rien de nouveau, Percy Boomer (encore lui !) demandait dans les années 1920-1930 à ses élèves de swinger comme s’ils étaient installés dans un tonneau ! Ce qui rend le sway impossible et oblige de fait à pratiquer un « stack and tilt ».
Bien sûr, le poids se porte vers le pied avant dans le downswing, phase où il faut avoir la sensation de lancer son club le plus loin possible pour lui donner de la vitesse. Il convient alors de s’engager avec détermination dans la descente et la traversée. Bref il faut accélérer au maximum jusqu’au bout pour être dans le bon rythme. Le transfert qui s’opère alors n’est que la conséquence de cette détermination. Il n’est en rien moteur du swing. Ce rôle est principalement assuré par la rotation autour de l’axe constitué par la colonne vertébrale. Le gain de vitesse au cours de cette rotation s’obtient en grande partie par une bonne maîtrise du moment d’inertie et du moment cinétique. (voir l’article « L’énergie d’un moment pour gagner en distance »)

En deux mots comme en cent

Le transfert de poids est un mythe responsable du sway, grand destructeur de swing.
Le swing de golf s’organise autour de l’axe constitué par la colonne vertébrale.
– Pendant tout le swing et notamment à la montée cet axe ne doit pas se déplacer latéralement.
– Pour caler cet axe dans le stance il convient dès l’adresse de prendre une position stable et solide : contre l’intérieur du pied arrière et contre la jambe avant.
– Après la reprise d’appui, pendant la traversée, il est normal que l’axe se déplace vers l’avant sous l’effet du mouvement, jusqu’à la position de finish.
Pour gagner de la vitesse il faut accumuler un maximum d’énergie cinétique (énergie de mouvement) et diminuer la résistance (moment d’inertie) de l’ensemble « bras-club ».

 

Note

* Ce livre est une mine pour celles et ceux qui veulent en savoir plus sur leur sport favori. Chaque article développe un thème sur deux pages en un langage simple, avec croquis et photos.
Les articles sont regroupés en 7 chapitres : le corps et l’esprit ; le swing ; le matériel ; l’environnement ; la technologie et le coaching­ ; le processus et l’entraînement ; le score. Il est possible de le commander ci-dessous.