134 – Pourquoi faut-il se méfier des bons coups de golf ?

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Si nous sommes persuadés que « Le golf se joue surtout sur un parcours de 25 cm, l’espace entre nos oreilles », nous devons être attentifs à ce qui se passe dans cet espace restreint enfermé dans notre boîte crânienne.
En une trentaine d’années les neurosciences nous ont appris beaucoup de choses et plusieurs fois je vous ai fait part des avancées qui nous permettaient de comprendre le fonctionnement de notre cerveau et du système nerveux central.

L’ocytocine au coeur de nos émotions

La recherche dont je souhaite vous rendre compte ici concerne nos émotions. Elle est le fruit d’une étude internationale impliquant plusieurs chercheurs de l’Institut des neurosciences cellulaires et intégratives de Strasbourg (INCI).

Dans l’article intitulé « Neurotransmetteurs et hormones », article parmi les plus lus de ce blog, j’avais consacré un chapitre à la prétendue existence d’une hormone du bonheur qui pour certains pourrait-être l’ocytocine.

Je concluais qu’en l’état des connaissances en 2015, il était abusif d’attribuer à l’ocytocine des qualificatifs d’hormone du plaisir, de l’attachement sentimental, ou de l’orgasme.

L’ocytocine est l’objet de nombreuses recherches. Elle est synthétisée dans le cerveau et permet essentiellement de stimuler l’émission de lait ainsi que les contractions utérines pendant l’accouchement.
Dans un article paru en 2017 dans la « Revue médicale Suisse » l’auteur proposait un large échantillon des domaines où elle paraissait impliquée :
• Elle pourrait jouer un rôle dans la détection de la peur.
• Parallèlement, elle favorise le comportement protecteur de la mère envers ses petits.
• Chez l’homme, on a mis en évidence un effet de l’ocytocine sur la confiance, l’empathie, la générosité, la sexualité, le lien conjugal et social et la réactivité aux stress.

Aujourd’hui la recherche admet volontiers que cette neuro-hormone par son action sur les neurones joue un rôle sur la régulation des émotions comme la douleur, la peur ou le lien social, allant jusqu’à procurer un état de bien-être général persistant. Mais pour l’instant personne n’expliquait cette persistance. 

Nous savons que notre cerveau est composé de centaines de milliards de cellules. Environ la moitié sont des neurones et l’autre moitié des cellules gliales. Pendant longtemps ces dernières n’ont pas beaucoup intéressé les neuro-scientifiques. Elles ne transportent aucun influx électrique, semblent inertes et sont considérées comme une matière de remplissage. On ne voyait pas très bien à quoi elles servaient et les neurosciences ne s’intéressaient de fait qu’à la moitié des cellules du cerveau : les neurones.

Ocytocine et cellules gliales
Les astrocytes, ces minuscules étoiles qui guident nos émotions.©Herve Cadiou/The Imaginary Astronaut

Tout au plus avait-on constaté que les cellules gliales n’avaient pas toutes la même forme. Certaines ressemblant à des étoiles, justement nommées astrocytes (astro -> étoile et cyte -> cellule), se sont révélées susceptibles de collaborer étroitement avec les neurones pour traiter l’information sensorielle et émotionnelle. Elles étaient capables de détecter certains neurotransmetteurs comme l’adrénaline ou le glutamate.

Pas si inertes les cellules gliales

Les chercheurs de l’INCI de Strasbourg et leurs collègues viennent de montrer sur le rat, que l’ocytocine qui a une action immédiate sur les neurones, stimule aussi certains astrocytes.  Ceux-ci sécrètent alors une substance, un messager, qui augmente l’activité des neurones et provoque une diminution de l’anxiété associée à une sensation de bien-être.

Ocytocine et cellules gliales
Image en fluorescence d’astrocytes (immunomarquage, vert ; noyaux en bleu) et des récepteurs de l’ocytocine (visualisation de l’ARN, rouge). Ces cellules, encore peu étudiées, permettent de relayer et d’amplifier le message véhiculer par l’ocytocine, pour promouvoir un sentiment de bien-être

Alors que les influx électriques portés par les neurones sont rapides et localisés, les signaux des astrocytes agissent sur la longueur et de manière diffuse expliquant la sensation persistante du bien-être induit par l’ocytocine.

Bref l’ocytocine semble bien être l’hormone de la plénitude !

En plus de nous éclairer sur l’action de l’ocytocine cette recherche lève le voile sur le rôle des cellules gliales dont certaines comme les astrocytes pourraient être des canaux de communication complémentaires.

Une page se tourne, la recherche s’ouvre aux 100% des cellules du cerveau. Ne doutons pas que l’image de notre petit parcours de golf, entre nos deux oreilles, va se préciser au fil des découvertes. 

Et le golf alors ?

Je vous propose une réflexion. Pourquoi après avoir réussi un très beau coup, par exemple un birdie improbable, déjouons-nous trop souvent sur le coup suivant ?

La réussite du birdie déclenche une émotion qui provoque la sécrétion d’une bouffée plus ou moins importante d’ocytocine. Celle-ci agit sur nos neurones induisant un fort sentiment de bien être et de confiance, dans les autres, mais aussi en nous-même !

Nous sommes aux anges. Les astrocytes détectent la présence d’ocytocine, sécrètent leur messager lequel prolonge l’effet de l’ocytocine et allonge le sentiment de plénitude… Et renforce dans le temps notre confiance en nous. Nous sommes devenus invincibles, nous ne saurions plus échouer !

Et nous voilà baignés d’aise, déconcentrés, fragilisés…

D’où la nécessité d’une post-routine pour digérer cette phase euphorique de bien être. Il faut absolument retrouver notre calme et nous préparer avec sérieux à la pré-routine du coup suivant. Le golf est un sport d’attention, de concentration. Chaque coup demande que nous disposions de tous nos moyens.

Comme les mauvais coups, les bons coups ont besoin d’être acceptés et digérés. Les neurosciences le suggèrent fortement.