130 – La motivation du golfeur

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Pour jouer au golf il faut être motivé. Le vers de Racine « Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera » y est sans cesse d’actualité, même chez les meilleurs.
Pour durer au golf et ne pas raccrocher avec dépit, il faut une bonne dose de motivation. C’est elle qui fait la différence entre succès et échec, joie et tristesse, fixation d’objectifs et désabusement.

Considérons cette définition de la motivation : « Dans un organisme vivant, la motivation est le processus qui règle son engagement pour une activité précise ».

Rien à voir avec le dynamisme mais plutôt avec l’enthousiasme, l’assiduité. Au final elle détermine notre degré d’investissement dans une activité.

Dans notre vie nous avons tous certainement connu des moments de perte de motivation pour telle ou telle activité. Pour rester sur notre sport, le golf, qui n’a jamais eu envie de jeter son sac aux orties ?

Se pose alors une double question : « Pourquoi est-il parfois si difficile d’être motivé et comment garder sa motivation ? »

Il y a aujourd’hui deux pistes de réponse : la voie de la psychologie et celle des neurosciences.

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La motivation nécessaire à l’engagement du golfeur

La motivation vue par la psychologie

La psychologie va nous donner de nombreux conseils visant à réveiller ou entretenir notre motivation.

Difficile d’en faire une liste exhaustive mais la psychologie va nous conseiller de bien définir nos objectifs, de nous concentrer sur nos tâches, de prendre soin de nous, de nous aimer nous-même…

Ces conseils peuvent paraître de bon sens mais pour une personne en perdition il n’est pas toujours facile de retrouver « le bon sens » sans une aide appropriée.

Pour les cas les plus graves il faut envisager de consulter une ou un psychologue, et même une ou un psychiatre. Un manque de motivation peut indiquer une dépression.

La motivation vue des neurosciences

De leur côté les neurosciences viennent de réaliser une avancées dans la compréhension de la motivation. 

Une équipe de chercheurs de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse) s’est livrée à une expérimentation sur une quarantaine d’hommes.

Les résultats laissent apparaître que le centre de la motivation se situe dans une région basse du cerveau appelée le « noyau d’accubens ».

Pour en savoir plus sur cette expérience lire l’article : « Quand les (neuro)sciences nous enseignent comment être motivés »

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Pratiquement situé en bas du cerveau le noyau d’accubens joue un rôle essentiel pour nos émotions.

Bien connu, le noyau d’accubens joue un rôle majeur dans les fonctions telles que l’aversion, la récompense, le renforcement et maintenant la motivation.

L’analyse des résultats de l’expérimentation a révélé que la clé de la motivation reposait sur deux neurotransmetteurs présents dans le noyau d’accubens : la glutamine et le glutamate.

Plus précisément la proportion de glutamine par rapport au glutamate apparaît en lien direct avec notre capacité à entretenir nos performances sur une longue période, donc sur notre persévérance.

Autre découverte, il semble que la mise en compétition des participants ait dopé leurs performances dès le début de leur tâche.

Glutamate GABA et glutamine

Le glutamate est le neurotransmetteur excitateur le plus répandu dans notre système nerveux central. Son action est contrebalancée, équilibrée par celle d’un autre neurotransmetteur qui calme le jeu, le GABA.

Le glutamate est aussi l’une des sources d’énergie essentielle pour le cerveau, gros consommateur d’énergie.

La glutamine intervient dans l’alimentation des muscles. Elle favorise si besoin la reconstitution du tissu musculaire et permet une meilleure récupération lors d’efforts physique importants. Elle permet de reconstituer les stocks de glycogène dans le foie et les muscles et apporte de l’énergie facilement utilisable.

On comprend donc que le rapport entre un excitateur, le glutamate, et un apporteur d’énergie, la glutamine, puisse nous « donner la pêche » et favoriser notre motivation.

Glutamate, glutamine et GABA sont liés dans leur processus de fabrication.

Le glutamate est principalement fabriqué par le corps humain à partir de l’oxydation de sucres simples comme le glucose, le fructose ou le galactose présent dans le lait sous forme de lactose. 

La glutamine et le GABA sont synthétisés dans le corps humain à partir du glutamate selon des réactions complexes qu’il est inutile de décrire ici.

Miser sur l’alimentation

Pour le glutamate et la glutamine il existe des compléments alimentaires. Toutefois il est préférable de favoriser la formation naturelle de glutamate par le corps en mangeant par exemple des amandes, des pois cassés, des lentilles corail, du parmesan, de l’emmental, des tomates, des coquilles Saint-Jacques, des petits pois…

Le glutamate est connu comme exhausteur de goût très utilisé par l’industrie agroalimentaire. Sur les emballages il est codé E621.

Comme tel il n’a pas très bonne presse. Il est accusé de nous rendre dépendants à la nourriture industrielle.  Pour certaines personnes c’est un puissant allergène. Il semble même présenter des risques pour nos reins et peut avoir des effets neurotoxiques.

Autant de bonnes raisons pour laisser tomber les compléments alimentaires et favoriser la synthèse naturelle de ce puissant excitateur. Notre corps connait la juste dose dont il a besoin.

Motivation et golf

Que conclure de ces découvertes pour notre golf ?

1 / La compétition augmente notre motivation.

Nous le présentions depuis longtemps ! Avoir une confirmation scientifique n’est pas inutile. Elle nous conforte dans l’idée qu’une compétition se joue aussi bien avant la partie que sur le parcours. Et même après le parcours en soignant la phase de récupération.

2 / L’alimentation avant, pendant et après une partie de golf est une affaire sérieuse. 

L’alimentation doit nous fournir l’énergie dont nos muscles et notre cerveau ont besoin tout au long de la partie et assurer les équilibres notamment glutamine/glutamate qui vont maintenir notre motivation.

Que ce soit pour l’énergie ou la synthèse du glutamate et par voie de conséquence de la glutamine, la consommation d’aliments sucrés est primordiale.

Mais attention la distinction traditionnelle entre sucres lents et sucres rapides n’est pas pertinente. Elle fait référence à la vitesse dont les aliments sucrés, contenant des glucoses, sont digérés. Or il n’y a pas de relation entre vitesse de digestion et mise à disposition de l’énergie dans l’organisme, dans le sang.

Aujourd’hui l’attention est portée sur l’index glycémique (IG), c’est à dire la capacité d’un aliment à élevé la glycémie sanguine.

L’index glycémique d’un aliment est déterminé par rapport à un aliment de référence. En Europe la référence est le glucose, aux États-Unis le pain blanc.

Les aliments à faible IG qui augmentent la glycémie lentement, favorisent le stockage de l’énergie sous forme de glycogène dans les muscles ou le foie. Glycogène facilement mobilisable ensuite pour fournir de l’énergie à la demande.

Les aliments à fort IG, qui augmentent la glycémie rapidement, vont fournir une énergie immédiatement utilisable qui, si elle n’est pas consommée dans un effort physique, va être stockée sous forme de graisse plus difficile à mobiliser que le glycogène.

Il convient donc de bien faire la différence entre les aliments à « stockage utile » et les aliments « coup de fouet ». 

Et comme rien n’est simple, la façon dont les aliments sont préparés influe sur leur indice glycémique.

Le jus d’orange par exemple n’a pas le même IG selon qu’il est pressé, obtenu au mixer ou avec une centrifugeuse. La centrifugeuse élimine les fibres qui dans l’intestin ralentissent le passage du glucose vers le sang. Donc un jus d’orange obtenu avec une centrifugeuse possède un fort index glycémique et risque de finir stocké sous forme de graisse.

Quels aliments pour les sportifs

Par exemple, les céréales non raffinées, le riz basmati, les fruits et légumes, les légumineuses (haricots, lentilles, pois) sont de bons aliments de stockage à faible ou moyen IG.

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Amendes, légumineuses, céréales complètes : une bonne base. © Nature Sciences Santé

Les boissons isotoniques, les pâtes de fruits, les barres de céréales, les fruits secs, les biscuits secs sont des aliments à fort IG à consommer pendant la partie qui vont fournir une énergie rapidement disponible.

Les pâtes blanches sont aussi un aliment à fort IG contrairement à ce que la théorie des sucres lents/rapides laissait supposer.

Que retenir de cet article ? Que la motivation n’est pas seulement un paramètre psychologique. Il convient aussi de prendre en compte sa dimension physiologique. Dans ce cadre, l’alimentation, la condition physique jouent un rôle capital dans le maintient de notre motivation.

Dans un article précédent sur l’alimentation du golfeur j’avais proposé ce tableau emprunté à Wikipedia (cliquer pour agrandir)

Si les problématiques liées à la nutrition du sportif vous intéressent je vous conseille deux lectures :

Alimentation du sportif : quels glucides consommer ?

Sucres rapides, sucres lents : un concept erroné