115 – Une nouvelle carte du cerveau

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Sur ce blog j’ai plusieurs fois émis des réserves à propos d’une habitude vieille de plus d’un siècle qui attribue des tâches bien spécifiques aux hémisphères cérébraux. Heureusement ce n’est pas le cas. Plongée dans les fonctions cérébrales.

fonctions cérébrales

Il devenait habituel de dire que notre cerveau serait divisé en deux parties dotées de pouvoirs différents, les deux hémisphères, :

  • Au cerveau gauche la raison. Il serait logique, cartésien, séquentiel (il ne traite qu’une seule donnée à la fois) et spécifique.
  • Au cerveau droit l’intuition, la créativité, l’imagination, les émotions et la pensée fulgurante.

Pour nous golfeurs s’en suivait l’idée que selon ce que nous voulions faire, réfléchir ou agir, il fallait mobiliser notre cerveau gauche ou notre cerveau droit…
Personnellement je ne sais pas réaliser cet exploit ! Comment mobiliser tel ou tel hémisphère de mon cerveau ?

De nombreux travaux de recherche ont enterré depuis longtemps cette vision d’un cerveau à tout jamais coupé en deux. Cependant, contre toutes les preuves accumulées, cette représentation continue d’alimenter certaines démonstrations.

Aujourd’hui, en 2019, les résultats d’une recherche franco-italienne conduite par l’ICM (Institut du cerveau et de la moelle épinière à Paris) viennent rebattre les cartes.

Grâce aux données d’IRM fonctionnelle collectées à l’échelle mondiale depuis plus de quinze ans, les chercheurs ont produit la première carte globale de la latéralisation des fonctions cérébrales.

Un cerveau structuré selon 4 axes fonctionnels

Pour les chercheurs la latéralisation des fonctions cérébrales est répartie selon quatre axes fonctionnels :
• l’axe de la communication symbolique,
• l’axe « perception/action »,
• l’axe des émotions,
• et l’axe de la prise de décision

L’image ci-dessous peut être agrandie d’un clic

Latéralisation des fonctions cérébrales représentée dans un espace à 4 dimensions le long de l’axe de la communication symbolique (vert), l’axe de la « perception/action » (cyan), l’axe des émotions (rose) et l’axe de la prise de décision (jaune). ©Karoliset al./ Nature Communications

Les chercheurs ont ainsi identifié quatre groupes de fonctions extrêmement latéralisées utilisant des régions cérébrales communes : 

Localisation des lobes du cerveau. Face latérale de l’hémisphère gauche.
© Universalis
  • Le groupe communication symbolique qui englobe le langage, la lecture et le calcul apparaît très latéralisé à gauche et très un peu à droite ; 
  • Le groupe « perception/action » plutôt latéralisé dans la zone fronto-pariétale à droite ;
  • Le groupe émotions plutôt latéralisé dans le fronto-pariétal à droite ; 
  • Le groupe prise de décision, qui reposerait plutôt sur des régions du lobe frontal droit. 

Ce dernier point est tout à fait nouveau. Pour la première fois la prise de décision est localisée de manière asymétrique entre les deux hémisphères.

Notons aussi que nombre de fonctions sont traitées majoritairement par l’hémisphère droit. Bien plus qu’on ne le pensait

La communication symbolique, en revanche, est davantage latéralisée à gauche.

« Toutefois, même les fonctions les plus latéralisées impliquent des régions des deux hémisphères » précisent les chercheurs.

La part de l’évolution

En outre dans cette étude les connexions entre les deux hémisphères ont été mesurées. Celles-ci se font en grande partie par le corps calleux qui relie les deux hémisphères. La recherche a montré que plus les fonctions sont latéralisées, moins elles établissent de connexions avec l’autre hémisphère, validant ainsi l’hypothèse qu’un hémisphère dominant pour une fonction est peu connecté à l’autre afin de gagner en efficacité.

Pour les chercheurs « Cette découverte valide l’idée que les fonctions cérébrales se sont latéralisées avec l’augmentation de la taille du cerveau afin d’optimiser le traitement de l’information. Cette optimisation s’est néanmoins faite aux dépens d’un autre avantage évolutif : la récupération fonctionnelle après une lésion cérébrale. À cause de la diminution des connexions entre les hémisphères, il est en effet plus difficile pour l’hémisphère non endommagé de pallier les fonctions perdues ».

Et le golf dans tout ça ?

La nouveauté vient de la confirmation qu’il faut arrêter de penser en termes de pouvoirs qualitatifs globaux et exclusifs attribués à chaque hémisphère cérébral.

Mais il n’en demeure pas moins que pour nous golfeurs, il reste primordial de suivre le précepte énoncé par Percy Boomer il y a presque un siècle : « interdire l’accès de notre machinerie mentale à la part de nous-même qui joue les coups de golf ».

Pour cela ne misons plus sur une différence qualitative exclusive et supposée des capacités des deux hémisphères cérébraux. D’ailleurs nous ne savons pas actionner volontairement un hémisphère ou l’autre. Et encore moins switcher de l’un à l’autre !

Jouons plutôt sur les deux modes de fonctionnement de notre cerveau : le mode conscient et le mode inconscient.
• En mode conscient la prise d’informations pendant la phase de réflexion ou routine
• En mode inconscient la phase d’action, le swing qui doit s’exécuter en automatique.

Comment passer d’un mode à l’autre ?  Il en est largement question dans l’article Jouez mushin, jouez dans la zone .
L’article Jouez dans la zone aborde aussi le sujet, mais de manière plus théorique.

Dans le podcast ci-dessous le chercheur Michel Thiebaut de Schotten de l’ICM intervient dans l’émission d’Axel Villard « La Une de la science » sur France Inter. Durée 7 min 48

La publication des chercheurs dans la revue Nature Communications le 29 mars 2019 est lisible ici en Anglais.